Le cadavre d’une orque mesurant 6,20 mètres a été découvert dimanche 3 janvier 2016 sur une plage de l’île de Tiree, dans l’archipel des Hébrides intérieures méridionales (Royaume-Uni). Ce spécimen a été identifiégrâce à sa nageoire dorsale et à sa tache oculaire. Il s’agit de Lulu, une femelle appartenant à l’unique groupe d’épaulards de la côte ouest de l'Écosse. Elle avait été photographiée pour la dernière fois par l’Hebridean Whale and Dolphin Trust (HWDT) en juillet 2014 depuis le navire de recherche de l’organisation. Le Silurian naviguait alors au large de la péninsule de Waternish, au sud-ouest de l’île de Skye.
La mort de cette femelle compromet encore un peu plus l’avenir de la seule population résidente d’orques de Grande-Bretagne.
L’orque échouée a été découverte par l’ornithologiste John Bowler, agent de la société royale de protection des oiseaux (Royal Society for the Protection of Birds) sur l’île de Tiree (photo avec son aimable autorisation John Bowler, RSPB Scotland).
Victime d’un cordage
Selon le communiqué publié mercredi 6 janvier 2016 par le Scottish Marine Animal Stranding Scheme chargé de l’étude des échouages locaux de mammifères marins, Lulu a été victime d’un enchevêtrement chronique. Les lésions découvertes correspondent en effet à celles relevées sur des baleines enchevêtrées. Ce cas est le premier constaté sur un épaulard depuis le lancement, en 1990, du programme d’analyse des échouages sur les côtes du Royaume-Uni. La nécropsie ayant été effectuée quatre jours après la mort de l’animal, la structure des organes internes a été perdue. Les spécialistes sont pourtant convaincus des causes de la mort.
Des lésions profondes et granuleuses ont été relevées autour du corps, entre l’aileron et la queue. Sous la nageoire caudale, les experts ont aussi noté deux lignes d’égratignures identiques. Ces constatations suggèrent la présence d’un cordage enroulé autour de la queue et traîné derrière l’animal. Vraisemblablement, quelque chose était toujours attachéà l’extrémité de la corde. L’orque devait avoir beaucoup de mal à nager et son enchevêtrement a sans doute duré plusieurs jours. Elle ne s‘était pas nourrie mais avait avalé une grande quantité d’eau de mer, signe d’une probable noyade.
Opération de sauvetage d’une baleine franche de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis) enchevêtrée en octobre 2008 au large de la Floride (NOAA Photo Library).
Aucune corde ni équipement n’ont été trouvés sur le corps de l’épaulard. Dès lors, il est impossible d’établir si les blessures ont été provoquées par des engins de pêche actifs, des filets « fantômes » ou d’autres débris flottants dans la mer. Néanmoins, les lésions s’apparentent à celles causées par des cordes de chaluts sur des baleines. « Il s’agit de la première observation sur une orque mais le nombre d’enchevêtrements sur d’autres grands cétacés a augmenté au cours de l’année dernière », relève le Scottish Marine Animal Stranding Scheme.
La pollution pointée du doigt
Des échantillons ont été prélevés afin de mener des analyses complémentaires sur l’âge et le statut reproducteur de la femelle échouée. Les concentrations en polluants dans ses tissus seront aussi étudiées.
Les épaulards de la population résidente britannique ont été répertoriés par le HWDT grâce à la taille, la forme, les marques et les encoches de leur aileron.Sur les dix individus initialement identifiés, huit seraient encore en vie même si certains spécimens ont pu échapper aux investigations. Le groupe serait composé de quatre mâles - John Coe, Floppy Fin, Comet, Aquarius - et autant de femelles - Nicola, Moneypenny, Puffin and Occasus. Aisément reconnaissable à l’imposante entaille de sa nageoire dorsale, John Coe est régulièrement signalé dans les Hébrides depuis 1992. En 2004, ce mâle a été vu au large du comté de Donegal, au nord-est de l’Irlande, puis en 2007 et 2008 près des côtes du Pembrokeshire, au sud-ouest du pays de Galles.Aucune naissance n’a été enregistrée depuis le début du suivi de ce groupe, dans les années 1980. Pour certains biologistes, la pollution des eaux serait à l’origine d’une mortalité infantile élevée.
Dauphins bleus et blancs - ou dauphins bleus - en septembre 2012 dans le golfe de Corinthe, en Grèce (photo OceanCare).
Selon une étude publiée jeudi 14 janvier 2016 dans la revue Scientific Reportsetmenée sous l’égide de la société zoologique de Londres (ZSL), les produits chimiques toxiques illégaux menacent la survie des orques, des dauphins et des marsouins évoluant dans les eaux européennes. Des concentrations très élevées de polychlorobiphényles (PCB) ont été trouvées dans le lard d’épaulards (Orcinus orca), de grands dauphins (Tursiops truncatus) et de dauphins bleus (Stenella coeruleoalba). La contamination par les PCB affaiblit les systèmes immunitaires des cétacés et provoque des avortements et une mortalité anormale des veaux.
Difficilement visible, la population d’orques de la côte occidentale de l'Écosse demeure mal connue. Constamment en mouvement, le groupe parcourt en effet de longues distances. Néanmoins, les orques des Hébrides n’ont actuellement aucun contact avec leurs congénères évoluant dans les eaux de l’Islande, de la Norvège, des îles Orcades ou de l’archipel subarctique des Shetland.
Orque frappant la surface avec sa queue dans le Vestfjord, fjord situé entre les îles Lofoten et la côte norvégienne (photo Yathin S Krishnappa)
Les orques des Hébrides manifestent peu de comportements actifs de surface comme les sauts, les coups de queue ou de nageoires pectorales, le surf sur les vagues ou l’observation des alentours à la verticale, la tête hors de l’eau (spy-hopping).
Le régime alimentaire de ces épaulards reste assez mystérieux, même si un cas de prédation sur un marsouin commun(Phocoena phocoena) a été rapporté avec certitude. Dans les archipels du nord de l’Écosse, les orques ont été aperçus dévorant des phoques.